# French 1.201-205

Greek and Roman Historians, French, Lines 1.201-1.205. Latin.

Canonical: https://interlinea.aeterna-institute.org/library/latin/greek-and-roman-historians/french/1.201

Pour moi, qui ai beaucoup lu et souvent entendu parler des exploits du peuple romain en paix et en guerre, sur terre et sur mer, je me suis plu à rechercher ce qui avait pu rendre possibles de si grandes actions. Je savais que, souvent, avec quelques hommes, Rome s'était opposée à de grandes armées ennemies; je n'ignorais pas que, avec de pauvres ressources, elle avait soutenu la lutte contre des rois opulents; que de plus elle avait souvent victorieusement supporté des coups de fortune; que les Grecs par leur facilité de parole, les Gaulois par leur réputation comme soldats avaient été supérieurs aux Romains. Et de toutes mes réflexions résultait cette vérité évidente, que la merveilleuse vertu de quelques citoyens avait tout fait et avait assuré l'avantage à la pauvreté sur la richesse, au petit nombre sur la foule.
Puis, lorsque la cité fut gâtée par le luxe et la mollesse, la force même de l'état lui permit de ne pas souffrir de l'insuffisance de ses généraux et de ses magistrats; puis, comme il arrive quand une mère est épuisée, on ne vit, pendant longtemps, naître aucun Romain grand par la vertu. De nos jours cependant se montrèrent deux hommes, très vertueux, mais de caractères opposés, Caton et César. Puisque l'occasion s'offre, je ne veux pas me taire et la laisser échapper, et je vais faire connaître leur nature et leur caractère à tous deux, aussi bien qu'il me sera possible.
54 Donc pour la race, l'âge, l'éloquence, ils étaient à peu prés semblables; égale était leur grandeur d'âme et aussi leur gloire, mais sous des formes différentes. César s'était fait une grande place par sa bienfaisance et sa libéralité, Caton par son intégrité. L'un devait sa célébrité à sa douceur et à sa pitié; l'austérité de l'autre ajoutait à la haute idée qu'on avait de lui. A donner, à soulager, à pardonner, César avait acquis de la gloire, et Caton, à ne rien accorder par faveur. Chez l'un, les malheureux trouvaient un refuge; chez l'autre, les méchants un juge sans pitié. On exaltait la complaisance de l'un, la fermeté de l'autre. Enfin, César s'était astreint au travail, à la vigilance: attentif aux affaires de ses amis, il négligeait les siennes; il ne refusait rien de ce qui méritait d'être donné, souhaitant pour lui un grand commandement, une armée, une guerre entièrement nouvelle, où son mérite pût briller en pleine lumière. Caton avait le goût de la modération, de la convenance, surtout de l'austérité; il luttait, non d'opulence avec les riches, non d'intrigue avec les intrigants, mais de courage avec les braves, de retenue avec les modestes, de réserve avec les purs; il aimait mieux être honnête que de le paraître; et ainsi, moins il recherchait la gloire, plus elle venait à lui.

---

Greek and Roman Historians, French. Text: The Latin Library (thelatinlibrary.com), used with permission. Changes: HTML markup removed and the text divided into reading sections by Interlinea.
License: Used with permission (https://www.thelatinlibrary.com/about.html). Source: http://www.thelatinlibrary.com/historians/sallustfrench.html.
