Latin
Lines 1.26-1.28
Sallust's Bellum Catilinae, Conjuration de Catilina 1.26-28
Not analysed yet
14 Dans une ville si étendue et si corrompue, Catilinaet rien n'était plus faciles'était entouré de tous les vices et de tous les crimes, comme d'une sorte de garde du corps. Tous les débauchés, les adultères, les noceurs, ceux qui, par le jeu, la table, les femmes avaient dissipé leur patrimoine, qui avaient contracté d'énormes dettes pour racheter leur honte ou leurs forfaits, et aussi tout un ramassis de criminels et de sacrilèges, de repris de justice, de gens à qui leurs méfaits faisaient redouter les juges, grossis des assassins de guerre civile et des faux témoins, bref tous ceux que tourmentaient le vice, la misère ou le remords, voilà quels étaient les intimes et les familiers de Catilina. Et si, par fortune, on devenait son ami sans être encore criminel, on était vite, par l'attrait des relations journalières, entraîné aux mêmes méfaits et aux mêmes vices.
Mais c'étaient les jeunes gens surtout dont Catilina recherchait l'amitié :leur âge les rendait maniables et mobiles, et il n'avait pas de peine à les séduire. Suivant le go�t et l'âge de chacun, aux uns il procurait des femmes, aux autres il achetait des chiens et des chevaux, il ne ménageait ni l'argent ni l'honneur pour se les attacher sans retour possible. On a affirmé, je le sais, que les jeunes gens qui fréquentaient chez Catilina, y contractaient des vices contre nature ; mais c'est sur d'autres faits, et non sur des choses vues, qu'on s'est appuyé pour donner créance à ce bruit.
15 Encore adolescent, Catilina s'était signalé par plusieurs liaisons criminelles, avec une jeune fille noble, puis une prêtresse de Vesta, enfin par d'autres méfaits du même genre, contraires au droit et à la religion. Enfin il devint amoureux d'Aurélia Orestilla, dont les honnêtes gens ne louaient que la beauté ; mais elle hésitait à l'épouser, par crainte d'un fils déjà adulte qu'elle avait eu antérieurement :il est avéré qu'il tua le jeune homme et fit maison nette pour cet abominable mariage. Je crois bien que ce fut là une des principales raisons qui le poussèrent à précipiter la conjuration. Cette âme impure, ennemie des dieux et des hommes, ne pouvait trouver de calme ni dans la veille, ni dans le repos tellement le remords l'excitait et la ravageait. Son teint était blême, ses yeux sinistres, sa démarche tantôt agitée, tantôt lente ; bref, son visage, sa physionomie respiraient l'extravagance.