Latin
1.85
Sallust's Bellum Catilinae, Conjuration de Catilina 1.85
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De même vous, Pères conscrits, prenez garde :laissez-vous guider moins par le crime de Lentulus et de ses complices, que par votre dignité, et consultez moins votre irritation que votre gloire. Si on m'indique un châtiment proportionné à leur crime, je me rallie à une mesure contraire à la loi ; mais, si la grandeur de leur crime dépasse tout ce qu'on peut concevoir, j'estime que nous devons recourir aux moyens que nous donne la loi. La plupart de ceux qui ont parlé avant moi ont avec art et avec force déploré les misères de l'état ; ils ont minutieusement fait connaître les funestes conséquences de la lutte, le triste sort qui attend les vaincus :rapt des jeunes filles et des jeunes garçons, enlèvement des enfants à la tendresse de leurs parents, mères de famille livrées à la lubricité des vainqueurs, pillage des temples et des maisons particulières, meurtres, incendies, et partout armes, cadavres, sang répandu, deuil. Mais, dieux immortels, à quoi visaient tous ces discours ? A vous donner la haine de la conjuration ? Qui d'entre vous, s'il n'a pas été touché par la triste et effroyable réalité, se laisserait enflammer par des mots ? Il n'en est pas ainsi ; car personne ne trouve légères les injustices dont il est victime, et beaucoup les ressentent plus vivement qu'il ne faudrait. Mais, Pères conscrits, tout le monde n'a pas la même liberté. Si un homme de condition obscure se met en faute par colère, peu de gens le savent, parce que, en raison de sa condition, on parle peu de lui ; celui qui jouit d'une grande autorité et vit sur les sommets, ne peut rien faire sans que tout le monde soit au courant. Ainsi, la situation la plus haute est la moins libre ; on ne doit alors avoir ni partialité, ni haine, surtout pas de colère. Ce qui s'appelle colère chez les autres, se nomme, chez les gens au pouvoir, orgueil et cruauté. A mon avis, Pères conscrits, tous les supplices sont trop faibles pour le crime des conjurés ; mais l'homme, en général, garde le souvenir des derniers événements ; et, quand il s'agit de scélérats, on oublie leur crime, et on ne parle que du châtiment, s'il a été un peu trop sévère. D. Silanus est un homme énergique de volonté et d'action :je suis assuré qu'il a parlé comme il l'a fait, par patriotisme et que, dans une affaire si grave, il n'a cédé ni au désir de plaire, ni au ressentiment ; je connais son caractère et son esprit de mesure. Pourtant son avis me parait, non trop dur,comment pourrait-on l'être à l'égard de pareilles gens ? mais contraire à notre droit public. Assurément, Silanus, tu t'es laissé dominer par la crainte ou la grandeur du crime, pour proposer, toi, un consul désigné, un châtiment inédit. Ne parlons pas de crainte, surtout lorsque, grâce à l'activité de notre illustre consul, tant de soldats ont été armés ; quant au châtiment, j'ai bien, je pense, le droit de dire ce qui en est :dans le deuil et la misère la mort est la fin des maux, elle n'est pas un supplice, elle met un terme à toutes les infortunes ; après elle, il n'y a place ni pour le souci ni pour la joie.