Latin
Lines 1.173-1.175
Greek and Roman Historians, French 1.173-175
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De notre temps, Sylla vainqueur, en faisant étrangler Damasippe et d'autres gens de même sorte, dont la force était faite des malheurs de l'État, qui ne le louait de ce qu'il avait fait ? ces scélérats, ces factieux, qui avaient troublé l'État par leurs menées révolutionnaires, ah ! disait-on, comme il avait eu raison de les tuer ! Mais ce fut là le début d'un grand désastre: désirait-on une maison de ville ou de campagne, ou simplement un vase, un vêtement appartenant à autrui, on travaillait à le faire inscrire sur la liste des proscrits. Ainsi ceux qui avaient poussé des cris d'allégresse à la mort de Damasippe, furent bientôt eux-mêmes traînés à la mort; et les assassinats ne prirent fin que lorsque Sylla eut comblé d'argent tous ses partisans.
Assurément, je ne redoute rien de tel avec un homme comme Cicéron, et dans les circonstances présentes; mais dans un grand État, il y a bien des gens, et de caractères fort différents. A un autre moment, sous un autre consul, qui aura, comme aujourd'hui, une armée à sa disposition, un crime imaginé pourra passer pour vrai; avec ce précédent, appuyé d'un décret du sénat, si ce consul tire l'épée, où s'arrêtera-t-on et quelle mesure gardera-t-on ? Nos ancêtres, Pères conscrits, n'ont jamais manqué de sagesse et de résolution; et pourtant l'orgueil ne les empêchait pas d'imiter ce qu'on faisait ailleurs, si toutefois ils le trouvaient bon. Aux Samnites ils prirent bon nombre d'armes défensives et offensives; aux Étrusques, presque tous les insignes de leurs magistratures; en un mot, tout ce qui leur paraissait avantageux ailleurs, chez les alliés et chez les ennemis, ils s'appliquaient de toute leur âme à l'introduire chez eux, aimant mieux suivre un bon modèle que de le jalouser. A la même époque, par imitation des Grecs, ils appliquèrent les verges aux citoyens et la peine de mort aux condamnés. Quand la république grandit et que le nombre des citoyens donna plus de force aux partis, on persécuta les innocents et on commit bien des méfaits de ce genre; alors furent votées la loi Porcia et d'autres lois qui frappaient de l'exil les condamnés. Voilà, Pères conscrits, la raison qui doit nous empêcher de prendre une mesure nouvelle, et je la trouve capitale. Sans doute, il y avait plus de courage et de sagesse chez nos ancêtres qui, avec de maigres ressources, ont constitué un si grand empire, que chez nous, qui gardons péniblement cette grandeur si brillamment réalisée.